Rencontre avec Paloma Fernández Sobrino


palomaCrédit © Bertrand Cousseau

Paloma Fernández Sobrino est metteure en scène et auteure de projet pluridisciplinaires.
Elle est née en Espagne et vit en France depuis 2004. Elle est artiste associée à L’âge de la tortue depuis 2007 et est directrice artistique du projet de coopération européenne L’Encyclopédie des migrants entre 2014 et 2017.
En 2018, elle développe un nouveau projet : Fusée de détresse, dans la poursuite de L’Encyclopédie des migrants.

 

Rencontre avec Paloma Fernández Sobrino pour mieux connaître son parcours artistique et ses projets au sein de L’âge de la tortue :

 

Quel est ton parcours artistique ?

J’ai un parcours assez atypique. J’ai commencé en faisant de la danse classique à l’âge de 4 ans puis de la danse contemporaine et du flamenco. A partir de ça, j’ai découvert le théâtre gestuel et c’est par cette discipline que je suis rentrée dans le monde professionnel des arts vivants. Par la suite, j’ai travaillé avec différentes compagnies en Espagne puis en France, quand je suis arrivée il y a environ 15 ans.
Avant d’arriver en France j’ai aussi fait une formation de scénariste.

Comment ta collaboration avec L’âge de la tortue à commencé ?

Quand je suis arrivée en France, j’ai travaillé avec une compagnie de théâtre gestuel pendant 1 an. J’ai arrêté de travailler avec cette compagnie et j’ai rencontré L’âge de la tortue qui m’a proposé une résidence d’une semaine. Suite à cette résidence pour le projet Correspondances Citoyennes, l’association m’a proposé de continuer à collaborer avec eux. Aujourd’hui ça fait déjà 11 ans que je suis artiste associée à L’âge de la tortue. J’ai fait des projets en tant que comédienne et maintenant en tant que directrice artistique, dans des champs différents parce que L’âge de la tortue m’a permis d’expérimenter une démarche pluridisciplinaire.

 

Que souhaites-tu transmettre au sujet de la migration ?

Ce que je souhaite c’est déconstruire les discours au sujet de la migration qui ne me plaisent pas. Je ne suis pas la seule à qui ces discours dominants ne conviennent pas. La migration ça n’est surtout pas un problème, la migration c’est juste une réalité, le monde est construit par les migrations. Pour moi il faut vraiment qu’on arrête de parler de “crise migratoire”, pour moi ce n’est pas une crise des migrations mais une crise de l’accueil. C’est notre monde qui est en crise avec un abandon progressif des valeurs humaines.

 

Qu’est-ce que tu tentes d’apporter dans tes réalisations artistiques ?

J’essaye d’apporter de nouveaux discours, c’est-à-dire parler de migration autrement, parler de migration comme quelque chose de naturel, comme quelque chose qui ne devrait pas être problématique. A mon goût, il ne devrait pas y avoir ce débat énorme sur les migrations, on devrait accueillir l’altérité d’une autre manière et justement se rapprocher de l’autre et ses différences car c’est ça qui crée l’amour et qui peut changer le monde.

 

Quelle relation essayes-tu d’avoir avec tes spectateurs ?

Mon sujet d’étude principal est la question de l’intime donc je travaille toujours autour de l’intimité. Dans mon premier projet de spectacle via l’âge de la tortue, j’ai travaillé avec des formes, avec un seul spectateur ou 20 spectateurs soit une jauge réduite qui permet de conserver cette intimité. Avec Fusée de détresse, c’est différent parce que la jauge est de 250 personnes, donc on ne va pas retrouver cette proximité avec le public mais c’est dans le travail du comédien et dans les textes de L’Encyclopédie des migrants que la liaison va se faire . J’aimerais créer avec le public une relation de bienveillance. Je n’ai pas envie de le mettre en danger ou de le mettre à une place qui n’est pas la sienne mais j’ai envie d’être avec le spectateur et qu’il ne reste pas insensible à ce qu’il se passe.

 

Comment est né le projet Fusée de détresse ?

C’est un projet d’une rencontre humaine, je côtoie régulièrement une amie très proche qui m’a amenée un jour voir une répétition du gamelan, j’ai trouvé cet art assez exceptionnel, j’ai eu un gros coup de foudre pour cet ensemble d’instruments.

Depuis longtemps j’avais l’envie de monter un spectacle avec les lettres de L’Encyclopédie des migrants, quelque chose de plus développé avec les lectures de témoignages. Dès le début j’ai eu envie de marier ces deux mondes même si ça ne paraît pas évident. J’étais convaincue que l’on pourrait trouver des choses en commun, faire du commun à partir de deux univers différents. Je suis très contente de cette rencontre car je suis très satisfaite de la production qu’on a pu faire ensemble et l’idée de faire une fusée de détresse, c’est une idée allusif de comment, nous les artistes, nous pouvons lancer des fusées de détresse comme une métaphore pour crier haut et fort dans l’espace public qu’il faut vraiment aller à la rencontre de l’autre et ne pas avoir peur de l’altérité.

 

Un mot pour les personnes qui hésitent à venir le 8 juillet?

Tout le monde doit venir écouter ce spectacle, je dis bien écouter parce que ce qui va être dit, ce sont des histoires intimes de personnes réelles avec des vérités absolues, car ce sont leurs vérités. Ce sont des vérités sur les migrations qu’on n’a pas l’habitude d’entendre et c’est ça qui ,selon moi, peut nous donner la clé de l’amour. Je suis convaincue qu’avec la compréhension de l’autre et l’accueil de l’altérité, on peut changer le monde.

Il faut aussi venir le 8 juillet car c’est rarissime de pouvoir écouter un gamelan Javanais, c’est quelque chose d’assez exceptionnel.

 

Interview réalisé par Solenn Perdoux