FUSÉE DE DÉTRESSE

Fusée de détresse est un projet de coopération européenne qui réunit une équipe pluridisciplinaire composée de citoyens, d’artistes, de chercheurs et de décideurs publics pour confronter leurs compétences et expériences croisées pour repenser la question de l’accueil des personnes migrantes en Europe. Ce projet s’appuie sur une démarche artistique conçue par Paloma Fernández Sobrino et fait suite à la publication de L’Encyclopédie des migrants.

Ce projet se déroulera entre 2019 et 2022, à Rennes, Bruxelles, Istanbul, Barcelone, Milan et Lisbonne. Un site internet dédié sera disponible fin septembre

Contexte

Nous vivons dans une société mondialisée, de plus en plus multiculturelle, dans laquelle les mouvements migratoires participent du brassage des populations, font coexister des cultures différentes et façonnent des identités composites. Comment faire de ce cosmopolitisme une richesse, un facteur de développement et non une source de tensions et de repli sur soi ? Dans ce contexte, l’enjeu de faire cité repose sur les conditions que nous saurons créer pour développer un dialogue interculturel, sur la manière dont nous saurons accueillir les représentants des cultures étrangères et conjuguer diversité et construction de repères communs.

L’Europe doit faire face à un paradoxe : la nécessité d’accueillir des migrants pour garantir son influence à l’échelle mondiale et une dramatisation du phénomène migratoire dans le discours politique, accentué par l’actualité depuis 2015 et corroboré par une militarisation de ses frontières. La valorisation de la migration comme facteur de développement humain et de richesse représente un enjeu majeur qui passe par la prise en compte de l’autre – de sa distinction et de sa différence – la connaissance de l’histoire des flux migratoires, la valorisation de la diversité des parcours migrants et la reconnaissance de la place des personnes ayant un parcours migratoire dans notre société européenne.

La construction européenne se voit fragilisée par une forte incertitude du développement économique et une montée des populismes. Face à ce constat, quelles coopérations multilatérales pouvons-nous imaginer pour consolider la cohésion de cet espace et pour reconstruire une solidarité ? Comment pouvons-nous repenser la coopération interrégionale et créer de nouvelles synergies en s’appuyant sur les réseaux territoriaux existants ?

Face à la crise économique, l’Europe s’est fixé l’objectif d’inventer de nouvelles stratégies pour développer une croissance intelligente. L’intelligence collective qui passe par la co-construction des savoirs et le partage de la connaissance est une ressource essentielle pour produire de nouvelles valeurs pour l’Europe de demain. La capacité à créer de la rencontre, à expérimenter de nouveaux modes de gouvernance et de collaboration, à mettre en action des communautés créatives participe des ressources à mobiliser.

L’actualité continue de conforter le constat partagé sur le plan national et internatioanl d’une crise de confiance et de reconnaissance dans les élites politiques qui a pour conséquence une montée des mouvements extrémistes en contradiction avec les valeurs européennes. Comment restaurer cette reconnaissance politique des citoyens pour les remobiliser sur les enjeux de demain et réactiver le système démocratique ? Quelles démarches contributives inventer pour faire reconnaître la diversité des citoyens à l’échelle locale et européenne ?

Le projet artistique

Fusée de détresse est né d’une volonté d’interpeler tous ceux qui composent nos sociétés contemporaines (citoyens, décideurs publics, médias) vis-à-vis de la situation politique et sociale des personnes migrantes en Europe aujourd’hui. Il s’agit de faire entendre des voix citoyennes grâce à des moyens d’expression artistique afin d’envoyer des signaux forts qui doivent nous alarmer collectivement sur la perte progressive de certaines valeurs humanistes (hospitalité, reconnaissance, attention à l’Autre).

La fusée de détresse est utilisée comme un symbole central dans le projet. Si elle renvoie à une expérience partagée du désarroi par un groupe de personnes, elle s’accompagne aussi d’une lueur d’espoir qui vient éclairer de nouveaux horizons. Tirée depuis le sol, la fusée de détresse se met à briller et devient ainsi un nouveau repère, un point de convergence des regards et surtout un moyen d’interpeler les personnes présentes afin de les amener progressivement à se déplacer, à changer de posture et à se concentrer collectivement sur « ce qui doit être secouru ». Tirée du sol vers les hauteurs, le mouvement vertical de la fusée de détresse symbolise aussi la manière dont le projet cherche à questionner les décideurs publics sur la situation actuelle des personnes migrantes.

La démarche artistique poursuit le travail engagé pour la réalisation de L’Encyclopédie des migrants. L’idée originelle est de créer des formes artistiques porteuses de sens qui auront la capacité de nous interpeler sur un sujet éminemment politique par une approche sensible et intime. Cela doit nous interroger collectivement et individuellement sur l’avenir de notre vie en société et sur les valeurs que nous souhaitons défendre. La recherche artistique (scénographie, mise en scène, création musicale) sera guidée par ce principe tout au long du développement du projet. Les textes contenus dans L’Encyclopédie des migrants mais aussi les méthodes qui ont permis leur publication serviront de point de départ à l’ensemble des créations artistiques.

Les pays visés pour le développement du projet à l’échelle européenne sont : la France, la Belgique, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Turquie.

Les processus de création artistique développés tout au long du projet associeront aux artistes des personnes venues d’horizons différents. Ainsi artistes, citoyens, chercheurs en sciences humaines et sociales et étudiants des différentes villes concernées contribueront au projet en fonction de leur expertise et de leur envie, lors de temps de travail collectif. Par exemple des personnes issues de la société civile pourront participer aux Groupes de réflexion pour travailler sur la méthodologie du projet ou pourront participer au spectacle et se former à des techniques musicales et théâtrales aux côtés d’artistes. Encore, les chercheurs en sciences humaines seront invités à poser un regard critique sur le projet, depuis leur discipline, et particulièrement sur la manière dont les droits culturels sont mis en œuvre. Enfin, les étudiants issus des écoles des beaux-arts, participeront à la création de l’identité graphique du projet. Ainsi une équipe pluridisciplinaire et internationale se mobilisera afin de mener le projet depuis sa conception jusqu’à sa diffusion suivant un modèle contributif. Ils créeront collectivement un espace où les savoirs et les savoir-faire peuvent s’échanger et se transmettre.

Les productions

Le kit des référentiels

Le kit des référentiels regroupe des textes de référence et une charte éthique qui serviront de boussole pour la mise en œuvre des actions. Ce kit est constitué par des textes existants (déclaration universelle des Droits de l’Homme, déclaration de Fribourg sur les Droits Culturels, par exemple) réunis par l’ensemble des partenaires du projet. Il peut-être complété de manière coopérative au fur et à mesure du projet et enrichi par des documents produits par l’équipe du projet (charte éthique, manifeste, guides…).

Les spectacles

Le projet donnera lieu à la création 6 spectacles (1 dans chacune des villes partenaires). Ils prendront pour point de départ des textes extraits de L’Encyclopédie des migrants et seront joués dans l’espace public. Les spectacles seront conçus et dirigés par des metteurs en scène professionnels locaux pour un groupe composé d’interprètes amateurs (cf. déroulement des actions p.16)

La publication scientifique

La publication scientifique sera éditée à la fin du projet, en 2022. Elle réunit deux types de contributions scientifiques. D’une part 6 textes produits par un chercheur lors de chaque résidence, lié à ses observations sur le terrain et à ses réflexions sur le processus du projet. D’autre part des textes écrits par des chercheurs associés tout au long du projet sur les thématiques abordées (création artistique, migrations, citoyenneté, éducation informelle…). L’édition comportera aussi une partie documentaire réunissant des photographies réalisées durant l’ensemble des phases du projet. Cette publication sera co-éditée par les éditions IncertainSens et L’âge de la tortue.

Les guides

Une série de guides sera produite au début du projet et pendant sa mise en œuvre. Ils auront pour fonction d’acompagner le travail de l’équipe (les metteurs en scène, les partenaires opérationnels et les chercheurs) mais aussi de transmettre la démarche auprès des spectateurs et des décideurs publics. Ces guides seront accessibles librement sur le site internet du projet.

Le site internet

Ce site servira de vitrine au projet, pour communiquer largement sur la démarche et les actions mises en œuvre. Il servira aussi de plateforme commune pour l’ensemble des partenaires qui pourront contribuer à la création et à la diffusion de contenus liés au projet et aux thématiques abordées.

Les supports visuels

Dans chaque ville, un groupe d’étudiants en arts graphiques sera sollicité pour créer des supports visuels (affiches, prospectus…) afin d’investir l’espace public et de communiquer sur le projet et le spectacle. Ces supports seront créés à partir d’une identité visuelle commune, créée en amont du projet et qui sera déclinée en fonction du contexte local.

La série documentaire

La série documentaire sera réalisée durant l’ensemble du projet, sous forme d’épisodes de courte durée (10 minutes environ). Chaque résidence de création donnera lieu à la réalisation d’un épisode thématique où le réalisateur s’intéressera à un aspect précis du projet. Les séquences seront diffusées au fur et à mesure de leur production sur le site internet du projet et sur les réseaux sociaux. A l’issue du projet la série documentaire formera un ensemble complet qui donnera à voir la fabrique du projet et en constituera la mémoire.

La journée destinée aux décideurs publics

Une journée de transmission et de formation destinée aux décideurs publics européens sera organisée en juin 2022. Elle aura pour objectif de faire remonter les observations réalisées durant la mise en œuvre du projet par les participants eux-mêmes. Il s’agit d’établir un lien direct entre la société civile et les élus en Europe, afin de transmettre des préconisations à ces derniers.

Le manifeste

Un manifeste artistique sera rédigé de manière collective à l’issue du projet. Il aura pour fonction d’affirmer des principes éthiques et esthétiques dans la mise en œuvre de projets artistiques et participatifs. Ce manifeste fera l’objet d’un travail préalable lors des séminaires organisés à l’issue de chaque résidence de création. La publication du manifeste se fera sur la base de ce travail en commun et avec l’accord de l’ensemble des co-organisateurs du projet. Le manifeste sera une ressource disponible une fois le projet terminé, il servira d’outil de transmission de l’expérience.

Les partenaires


Coordination générale

L’âge de la tortue (FR) –

L’âge de la tortue c’est une structure qui conçoit et met en œuvre des projets artistiques dans le champ des arts visuels et des arts vivants

Coordination scientifique

Université Rennes 2 – Laboratoire PREFICS (FR)  –

L’Université Rennes 2 est le plus important centre de recherche et d’enseignement supérieur en arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales et sports dans le Grand Ouest de la France. Le laboratoire de sociolinguistique PREFICS (Pôle de recherche Francophonie, Interculturalité, Communication, Sociolinguistique) est une équipe de recherche de l’Université Rennes 2 qui travaille sur les dynamiques de la diversité langagière et communicationnelle.

Coordinations locales

Renovar a mouraria (PT)
L’association Renovar située à Mouraria, a été créé en 2008 par un groupe d’habitants dans le but de revitaliser le quartier historique de Mouraria par la promotion d’activités qui contribuent à la revitalisation urbanistique, sociale, culturelle et touristique du quartier.

Effetto Larsen (IT)
Effetto Larsen est une association de pratique artistique basée à Milan et fondée en 2009. Elle crée et réalise des performances et des projets d’art participatif.

Université de Galatasaray (TR)
L’Université de Galatasaray (GSU), établissement d’enseignement supérieur francophone, créée en 1992 par un traité international entre la Turquie et la France, est le résultat d’un engagement en faveur de la coopération culturelle et scientifique internationale.

Art&Coop (ES)
Art&Coop est une coopérative de travail d’initiative sociale située dans le quartier Poble Sec de Barcelone (Espagne), qui œuvre à la transformation individuelle et collective à travers la création artistique

CIFAS (BE)
Le Centre International de Formation en Arts du Spectacle (CIFAS) développe un programme de rencontres et de formations dans le domaine des arts vivants en direction des artistes – créateurs et interprètes – professionnels actifs.

Partenaires structurants et réseaux

Ville de Rennes – Mission Lutte contre les discriminations et accès aux droits (FR)
La Ville de Rennes est le chef-lieu du département d’Ille-et-Vilaine et de la région Bretagne (France). L’action de la Mission Lutte contre les discriminations et accès aux droits s’appuie sur la mise en œuvre d’un Plan de lutte contre les discriminations

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration (FR)
Le Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI) a pour mission de : « rassembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France.

Eurocities (BE)
Eurocities est la plateforme politique des grandes villes européennes. Fondé en 1986, ce réseau d’administrations locales regroupe plus de 140 villes parmi les plus grandes villes d’Europe et plus de 40 villes partenaires.

Les Tombées de la Nuit (FR)
Festival rennais d‘art de la rue, les Tombées de la nuit propose une programmation en accord avec les grands axes de son projet : des propositions artistiques inédites, une participation citoyenne et un dialogue constant avec l’espace public

Commission culture de Cités et Gouvernements Locaux Unis (ES)
Plateforme mondiale de villes, d’organisations et de réseaux pour apprendre, coopérer et promouvoir des politiques et programmes sur la place de la culture dans le développement durable

Responsable de l’évaluation

Topik (FR)
Collectif de recherche et d’intervention en sciences humaines et sociales

Réalisation de la série documentaire

Ariadna (ES)
Ariadna est une association culturelle, créée en 1996 pour soutenir la jeune création dans la ville de Tarragone (Espagne). Elle contribue à la cohésion territoriale notamment auprès des jeunes du quartier à travers différentes propositions créatives et de recherche sociale

Autres collaborateurs du projet

  • Jean-Michel Lucas, Économiste, universitaire, militant des droits culturels
  • Anne-Christine Micheu, Experte chargée de l’évaluation de la politique de démocratisation culturelle auprès du Ministère français de la Culture