Marion Lièvre

Comédienne férue d’écriture, Marion a amené des habitants à établir leur cartographie intime en y déterminant la place de l’enfant qu’ils étaient.

 

Cartographies uniques du quartier du Blosne

 

 

Trois lettres du monde de Parkinson

Lettre1

Madame GAUDICHON – AIMARD Catherine
8, Avenue des Pays-Bas
35200 RENNES
Tél. : 02.99.50.77.40

Avec le soutien de l’Association L’Age de la tortue, collecteur de paroles

Monsieur Le Directeur du Centre Hospitalier Régional de Rennes,

Je vous adresse une lettre dont le contenu m’a, dans un premier temps, permis de lâcher  les émotions, de ne surtout pas rester victime d’une situation.

Du 9 au 18 juin 2008, dans le quartier du Blosne, les paroles des habitants seront recueillies sous forme de lettres.

LETTRES CITOYENNES, c’est le nom donné à cet évènement.

Je vous demande de recevoir cet écrit dans la forme. Il intègrera un travail de collecte réalisé  par l’Age de La Tortue, association présente sur le Blosne.

Recevez, Monsieur Le Directeur, toute ma considération distinguée.

Ma colère est grande. Je voudrais raconter cette maladie que je vis seule et sur des rythmes irréguliers. Je voudrais expliquer comment il est difficile de se projeter sur les moments de blocage, ceux où justement tout s’arrête,se fige, se pétrifie, se ferme, se recroqueville. Le corps semble s’enrouler comme une coquille d’escargot. Les formes s’ondulent pour apaiser les douleurs musculaires.

Pourquoi continuer à allonger les patients sur le dos et sur des brancards étroits, lesquels deviennent véritablement des cellules de souffrance lorsque se redressent les barrières de sécurité ?

Où donc se situe la compréhension de la douleur, lorsque s’agitent en tous sens des blouses blanches prises dans un rythme de remplissage du pavillon des urgences ?

« – On ne va pas passer notre temps à vous trouver une position qui vous soit la plus confortable. Vous n’êtes pas toute seule ! »

Je déteste lorsque l’on me fait cette réflexion. Mais bon … pourquoi me mettrais-je en colère ? Avec le temps je finirai bien par comprendre qu’on ne dort pas debout mais allongé.

Lettre 2

Lettre à ceux qui n’ont rien compris.

Ma lettre sera brève.
Circulez … Il n’y a rien à voir !

Vraiment les gens sont étonnants, on dirait qu’ils veulent m’apprendre la vie !

« Le passé, il faut l’oublier ! Il faut aller de l’avant ! »

Ils ne me font pas rire du tout ces gens là ! A Noël, ils m’offrent dans un format de poche, « Mille chemins vers le bonheur ». Il y a plein de mots sauf ceux qui font peur !

Chutt, vous ne m’avez pas vu, vous n’avez rien entendu. Je ne faisais que passer. Je vous le dis pourtant, je me serai bien arrêtée pour tenter de vous expliquer.

Je suis citoyenne, née à Neuilly-sur-Seine.

Ça change quoi ?

C’est vous qui interprétez !

Lettre 3

François,

C’est avec toi que j’aimerais parcourir un petit bout de chemin.
Je t’aime naturellement et à tes côtés, je me sens apaisée.
Je me repose.
Je me trouve belle lorsque tu poses ton chapeau sur ma tête et soudain lorsque tu m’entoures de ton bras, mon pas devient vif et ensemble nous avançons à grands pas.
Je me sens devenir sûre de moi.
Lorsque je t’appelle Francisco, c’est du bonheur et c’est très beau.
Tu voulais m’amener au bord de l’eau…